Il existe des voitures qui n'auraient jamais dû exister en production — et qui sont précisément pour cela inoubliables. La Renault Clio V6 Phase 2 est la plus française, la plus impudente, la plus absurde de toutes. Un V6 central dans une citadine. Voici pourquoi elle vaut chaque euro de sa cote.

Un concept absurde et génial

1999 : Renault présente la Clio V6 concept au Mondial de Paris. La réaction de la presse est unanime — stupéfaction. Une Clio de série profondément modifiée accueille un V6 de 3,0 L en position centrale arrière, là où se trouvaient les sièges passagers. Les flancs sont élargis de 16 cm de chaque côté. La carrosserie ressemble vaguement à une Clio II — le capot, les phares avant, la planche de bord — mais tout le reste est autre chose.

La production débute en 2001 en collaboration avec Tom Walkinshaw Racing, le préparateur britannique réputé pour son travail avec Jaguar et Volvo en compétition. Les résultats sont mitigés sur la Phase 1. C'est une voiture qui n'aurait jamais dû exister en production — et pourtant, 1 513 exemplaires Phase 2 sortiront d'usine entre 2003 et 2005, après que Renault Sport reprend le projet en main seul.

Pourquoi 1 513 seulement ? Parce que la production à Dieppe, dans le sanctuaire de Renault Sport, était entièrement artisanale. Chaque voiture prenait plusieurs jours à assembler. La rentabilité économique n'a jamais été le sujet — il s'agissait d'une démonstration de ce que Renault Sport savait faire quand on le laissait libre. Une carte de visite de 255 ch. La Phase 2 est aujourd'hui la version à posséder — et les chiffres de production en garantissent la rareté absolue.

Le V6 central atmosphérique

Le moteur est un V6 de 3,0 L atmosphérique dérivé de la lignée PRV (Peugeot-Renault-Volvo), profondément revu par Renault Sport pour la Phase 2. 255 ch à 7 150 tr/min — soit 25 ch de plus que la Phase 1. Le couple atteint 300 Nm à 4 650 tr/min. Ces chiffres sont corrects. Ce qu'ils ne disent pas, c'est la sonorité.

Un V6 atmosphérique en position centrale, à 30 cm derrière la tête du conducteur, sans insonorisation sérieuse entre vous et lui — c'est une expérience sensorielle que rien dans la production contemporaine ne reproduit. À bas régime, la Clio V6 gronde discrètement. À 4 000 tr/min, la mélodie monte. Passé 6 000 tr/min, dans les derniers 1 150 tours avant la zone rouge, le V6 pousse un cri aigu, presque strident, qui emplit l'habitacle et fait vibrer les portières.

"Le V6 de la Clio ne rugit pas — il pousse un cri strident, aigu, impudique. C'est vulgaire et magnifique à la fois."

La position centrale signifie que le moteur siège là où étaient les sièges arrière. Les radiateurs sont divisés en deux blocs latéraux logés derrière les passages de roues arrière — une solution élégante mais qui expose ces échangeurs aux projections de gravier. La transmission est assurée par une boîte manuelle 6 rapports en propulsion — sur une Clio, une propulsion. L'absurdité est totale et délectable.

Clio V6 Ph2 Alpine A110 Honda S2000
Architecture V6 3,0 L NA 4 cyl. 1,8 T 4 cyl. 2,0 L NA
Puissance 255 ch 252 ch 240 ch
Position moteur Centrale arr. Centrale arr. Avant long.
Sonorité V6 stridente 4 cyl. grave 4 cyl. aiguë
Moteur V6 Renault Clio V6 Phase 2 en position centrale arrière
Le V6 de 3,0 L en position centrale arrière — là où étaient les sièges passagers. L'absurdité rendue magnifique.

Phase 1 vs Phase 2 : la correction nécessaire

La Phase 1 (2001-2003) souffrait d'une réputation tristement méritée. TWR, en cherchant à maximiser l'agilité, avait choisi une géométrie de suspension arrière qui rendait le comportement brutal et imprévisible dès que la limite était approchée. Des journalistes ont quitté la route en présentation presse — pas des débutants, des professionnels habitués aux voitures exigeantes. La presse l'avait surnommée « tueuse » et le sobriquet n'était pas entièrement injuste.

Renault Sport reprend le projet seul pour la Phase 2. Les ingénieurs de Dieppe corrigent la géométrie des triangles de suspension arrière, recalibrent l'ESP pour qu'il intervienne plus tôt et plus progressivement, et portent la puissance à 255 ch. Le résultat est radicalement différent. La Phase 2 reste exigeante — c'est une propulsion de 1 400 kg avec un moteur en porte-à-faux arrière — mais le comportement est désormais prévisible. L'arrière bouge, mais il prévient avant de décrocher. On peut sentir la limite venir et agir en conséquence.

Pour un acheteur en 2026, le conseil est sans appel : Phase 2 uniquement. La Phase 1 est moins chère, plus rare numériquement, et la différence de comportement est trop importante pour être ignorée sauf pour un pilote très expérimenté et très conscient de ce qu'il achète. La Phase 2 est la voiture que Renault Sport voulait construire depuis le début — la Phase 1 était le brouillon de TWR.

L'essai : entre génie et folie

Première prise en main sur circuit fermé, conditions sèches. On entre dans la Clio V6 comme on entre dans n'importe quelle Clio — enjamber le seuil, s'asseoir, boucler la ceinture. Puis on démarre. Et là, tout change. Le V6 s'éveille dans le dos. Pas au bout du capot, pas sous vos pieds — dans votre dos. La chaleur monte rapidement par temps chaud. Les vibrations transmises par la structure sont réelles et communicantes.

À basse vitesse, la Clio V6 se comporte de manière presque normale. La direction assistée hydraulique est précise. La boîte 6 rapports passe proprement. Le sous-virage léger dans les épingles rappelle qu'on a affaire à une voiture lourde pour son format. C'est une Clio — au ralenti, presque.

À partir de 80 km/h, la transformation s'opère. Le V6 monte en régime — 5 000, 6 000, 7 000 tr/min — et la voiture se métamorphose. L'arrière se charge, la direction s'allège légèrement, les roues arrière cherchent la corde avec une précision surprenante. La Clio V6 Phase 2 n'est pas rapide au sens où une supercar moderne l'est — elle est théâtrale. Chaque accélération est un événement sonore et sensoriel. Chaque frein est une négociation entre le poids et la géométrie arrière.

Le jour de pluie : une autre voiture. L'ESP entre en action tôt et souvent — un signe que le comportement naturel reste limite. On avance prudemment, on anticipe, on ne joue pas au héros. C'est la nature d'une propulsion avec moteur central arrière par temps humide. La Phase 2 est gérable — la Phase 1 était dangereuse. Il y a une différence capitale.

Renault Clio V6 Phase 2 en action sur circuit
Sur sec, la Clio V6 Phase 2 est communicante et grisante. Les 255 ch en position centrale arrière créent une expérience unique.

Vivre avec la Clio V6

Soyons directs sur les compromis, parce qu'ils sont nombreux et non négociables. Le coffre de la Clio V6 est situé à l'avant — c'est là qu'était le moteur sur la Clio de série. Il accueille la roue de secours compacte et le lecteur CD. C'est tout. Deux bagages de cabine d'avion maximum, positionnés avec précision. Pour un weekend, avec de la méthode, c'est faisable. Pour plus, il faut une deuxième voiture.

La visibilité arrière est quasiment inexistante. Le moteur V6 occupe l'espace qui, sur une voiture normale, laisse voir la route derrière vous. On se fie aux rétroviseurs latéraux et à l'expérience. En ville, les manœuvres de parking demandent concentration et prudence.

La consommation : comptez 14 à 17 L/100 en usage sportif, 12 à 13 L/100 en conduite souple. Pour une voiture qui ne fait pas 40 000 km par an, ce n'est pas le poste majeur. L'assurance, en revanche, est significative — une Clio V6 Phase 2 bien assurée coûte entre 1 400 et 2 000 € par an selon le profil. L'entretien est le point le plus délicat : un mécanicien Renault standard ne connaît pas cette voiture. Il faut un spécialiste — Renault Sport homologué, ou un passionné compétent avec l'outillage adéquat.

Poste Coût estimé
Carburant (5 000 km/an)1 100 €
Assurance tous risques1 600 €
Entretien spécialiste900 €
Stockage / garage sécurisé600 €
Total annuel estimé4 200 €

La bonne nouvelle : la valeur de la Phase 2 est en hausse constante depuis 2020. Les exemplaires bien entretenus avec faible kilométrage et historique traçable atteignent 45 000 à 55 000 € en 2026. Il y a cinq ans, le même exemplaire valait 25 000 à 30 000 €. La rareté produit son effet — 1 513 unités dans le monde entier, dont une part significative a déjà connu des accidents ou un mauvais entretien. Les bonnes pièces se raréfient. La valeur monte.

Verdict : la Française qui assume tout

La Clio V6 Phase 2 n'est pas la voiture la plus rapide que vous pouvez acheter pour 45 000 euros en 2026. Elle n'est pas la plus pratique, ni la plus fiable, ni la moins exigeante à l'entretien. Elle est unique, française, irraisonnable — et précisément pour ces raisons, elle sera collectionnable pour les trente prochaines années.

Renault Sport a prouvé avec cette voiture qu'un constructeur généraliste, quand il laisse ses ingénieurs libres, peut produire quelque chose que personne d'autre n'aurait osé mettre en production. Un V6 atmosphérique central dans une Clio. Ce n'est pas une idée raisonnable. C'est une idée magnifique.

Pour un acheteur en 2026 : achetez une Phase 2, exigez un historique complet, faites-la inspecter par un spécialiste Renault Sport, et prévoyez un garage sécurisé. La valeur de cet exemplaire dans dix ans sera supérieure à ce que vous payez aujourd'hui. C'est un investissement — et un plaisir pur. La combinaison est rare.