La RS4 B7 ne cherche pas à impressionner. Depuis l'extérieur, c'est une A4 avec des sorties d'échappement légèrement élargies. Depuis le siège conducteur, à 7 000 tr/min, c'est une autre histoire. Celle d'un V8 atmosphérique de 420 ch qui n'a jamais voulu se montrer.
L'Audi RS4 B7 : le V8 inattendu
En 2006, Audi traverse une période de transformation profonde. La marque aux anneaux finit de valider les études de la future R8, et son V8 FSI 4,2 L — le BNS — est prêt pour la production. Plutôt que de le réserver aux seuls futurs supercars, les ingénieurs d'Ingolstadt ont une idée autrement plus subversive : le glisser sous le capot de la RS4, héritière de la plateforme A4 B7.
Le choix n'est pas un coup de marketing. C'est une conviction d'ingénieurs : un V8 atmosphérique de 420 ch dans une berline à Quattro intégral, disponible en trois carrosseries (berline, Avant, cabriolet), représente une combinaison que personne d'autre ne propose en 2006. Ni BMW, ni Mercedes, ni Porsche ne vendent une berline familiale de ce gabarit avec un V8 naturellement aspiré à ce régime.
Depuis l'extérieur, la RS4 B7 se distingue à peine de la A4 standard. Les élargisseurs de passages de roues élargissent la voie de 30 mm de chaque côté. Les sorties d'échappement sont au nombre de quatre, disposées par paires. La calandre porte les badges RS. Rien d'autre. Un conducteur non initié ne verra pas la différence dans le flux de la circulation. C'est exactement l'effet recherché. Disponible en berline, Avant (break) et cabriolet, la RS4 B7 incarne le concept du sleeper à la perfection : la menace invisible.
BNS V8 4,2 L : l'excellence atmosphérique Audi
Le V8 BNS est l'un des derniers grands V8 atmosphériques de série jamais produits. Ses chiffres principaux : 4 161 cm³, 32 soupapes, 420 ch à 7 800 tr/min, régime maxi 8 250 tr/min. Mais les chiffres ne capturent pas ce que ce moteur fait réellement.
Le couple de 430 Nm arrive à 5 500 tr/min — il faut monter en régime pour le trouver. En dessous de 3 500 tr/min, le BNS est docile, presque anonyme. La boîte manuelle à 6 rapports gère le bas régime sans heurt. Il n'y a pas de turbo qui charge, pas de couple qui surgit par vagues — seulement une montée en puissance linéaire qui commence à devenir intéressante vers 4 500 tr/min, puis captivante au-delà de 6 000 tr/min, puis spectaculaire dans les 1 500 derniers tours avant le rupteur.
La sonorité est unique dans la catégorie. Grave et sourde à bas régime — presque indiscernable d'un 6-cylindres bien accordé — elle se transforme à mi-régime en quelque chose de plus rond et de plus présent. À haut régime, le BNS adopte une stridulation mécanique et aiguë qui envahit l'habitacle sans être agressive. C'est une voix d'ingénieur, pas de marketing : le bruit de l'air et de l'huile et de l'acier qui travaillent ensemble à leur rythme maximal.
« Le BNS 4,2 L n'est pas un moteur de berline. C'est un moteur de voiture de course qui a accepté de vivre dans une A4. À 7 500 tr/min, cette cohabitation est parfaite. »
| RS4 BNS | BMW S65 (M3) | Ferrari F430 | |
|---|---|---|---|
| Cylindrée | 4 163 cm³ | 3 999 cm³ | 4 308 cm³ |
| Puissance | 420 ch | 420 ch | 490 ch |
| Régime maxi | 8 250 tr/min | 8 300 tr/min | 8 500 tr/min |
| Couple max | 430 Nm | 400 Nm | 465 Nm |
V8 atmosphériques de route en 2006 — la RS4 B7 tient sa place face aux meilleurs de sa génération.
Quattro et châssis : la puissance maîtrisée
1 680 kg avec le Quattro — c'est lourd. La RS4 B7 ne cherche pas à nier ce fait. Elle le compense avec l'arme qu'Audi maîtrise mieux que quiconque : la transmission intégrale permanente Quattro.
En sortie de virage, le Quattro distribue le couple avec une intelligence qui n'apparaît sur aucune fiche technique. L'électronique gère la répartition avant-arrière en temps réel, sans intervention perceptible du conducteur. Le résultat : la RS4 B7 sort des virages avec une traction déconcertante, même sur revêtement humide, même en plein hiver. L'agilité n'est pas son point fort — c'est la traction. Et dans ce domaine, elle est hors concours dans sa catégorie.
La direction assistée hydraulique communique correctement sans être exceptionnellement bavarde. La RS4 B7 ne vous raconte pas les aspérités du bitume avec la précision d'une propulsion légère — elle vous informe, sobrement, de ce qui se passe. C'est un choix cohérent : avec 1 680 kg et 420 ch à distribuer, la priorité est la stabilité et la gestion du couple, pas la communication fine de la chaussée.
Les freins Brembo composites optionnels sont, en pratique, indispensables si vous comptez exploiter le moteur régulièrement. Les freins de série suffisent à l'usage routier normal, mais montrent leurs limites sur route de montagne enchaînée. Avec les Brembo : les distances de freinage depuis 200 km/h sont à la hauteur du V8. Sur route mouillée ou lors d'une journée neige : le Quattro rend la RS4 B7 imbattable dans sa catégorie.
L'essai : Autobahn et Schwarzwald
Allemagne, fin octobre. Ciel gris, températures fraîches. Le contexte est parfait pour la RS4 B7 — une voiture qui n'a jamais eu besoin du soleil pour se justifier.
L'Autobahn d'abord. La RS4 B7 s'installe dans le flux à 120 km/h avec la décontraction d'une berline de direction. La suspension RS amortit le revêtement autoroutier sans l'éliminer — on est dans une voiture sportive, pas dans une S-Class. À 180 km/h, la voiture est stable et silencieuse, le V8 tournant à un régime paresseux. À 220 km/h, le ton change : le vent de face devient perceptible, la direction s'alourdit légèrement, et le BNS commence à exprimer quelque chose qui ressemble à de l'impatience. La limitation électronique à 250 km/h arrive sans drama — la voiture a clairement plus à donner.
Le Schwarzwald ensuite. Les virages enchaînés révèlent à la fois le poids de la RS4 B7 et l'efficacité du Quattro. En entrée de virage, on ressent les 1 680 kg — la voiture met un peu plus de temps à changer de cap qu'une propulsion légère. Mais en sortie, quand le V8 monte en régime et que le Quattro distribue, la RS4 B7 s'extrait du virage avec une force tranquille qui impressionne. Le DSC intervient rarement, mais pertinemment — il ne filtre pas l'expérience, il cadre les excès.
À 7 000 tr/min en troisième rapport sur une ligne droite de forêt, on comprend pourquoi la RS4 B7 est une voiture de mémoire. Ce n'est pas une expérience violente. C'est une expérience mécanique pure : l'aspiration de 32 soupapes qui travaillent à leur rythme maximal, la boîte manuelle qui répond au dixième de seconde, le Quattro qui colle les quatre roues à la route avec une régularité sans discussion. C'est spectaculaire au sens technique du terme — pas au sens pyrotechnique.
La RS4 B7 au quotidien
La RS4 B7 est l'une des rares voitures sportives qu'on peut réellement utiliser tous les jours sans compromis. Les chiffres d'abord : 4 vraies places, coffre 480 L en berline ou 485 L en Avant. La version break (Avant) ajoute un volume de chargement qui rivalise avec les breaks familiaux conventionnels de l'époque.
L'équipement de confort est complet : climatisation bi-zone, navigation MMI première génération (fonctionnelle sinon rapide), sièges sport chauffants, régulateur de vitesse, aide au parking. La sonorisation Bose optionnelle couvre efficacement le bruit de vent à vitesse autoroutière. En configuration berline ou Avant, la RS4 B7 est une voiture familiale à part entière.
Consommation en usage normal sur route nationale : 12-14 L/100. En conduite sportive engagée : 16-20 L/100. Sur autoroute à 130 km/h : 10-11 L/100. Le BNS exige exclusivement du Super+ (98 RON minimum). Pour 15 000 km annuels en usage mixte, budgétez 1 800-2 500 € de carburant.
L'assurance : 1 200-2 000 €/an selon profil et usage déclaré. L'entretien courant : révision Audi tous les 30 000 km, comptez 400-600 € en réseau spécialisé indépendant. Le point de vigilance principal reste la chaîne de distribution du BNS : un remplacement préventif après 100 000 km représente 2 500-4 000 € mais évite un risque de casse moteur bien plus coûteux. Une RS4 B7 correctement entretenue peut dépasser les 250 000 km sans problème majeur.
Verdict : le sleeper parfait
La RS4 B7 est le meilleur argument contre les préjugés sur les berlines sportives. Elle ne cherche pas à convaincre visuellement. Elle ne joue pas la carte de l'agressivité ou du statut. Elle pose simplement une question : qu'est-ce qu'une voiture de sport doit vraiment être ?
La réponse de la RS4 B7 est cohérente et radicale à la fois : un moteur exceptionnel, une transmission qui élimine les variables, une carrosserie qui permet de transporter une famille, une discrétion qui rend chaque dépassement sur Autobahn aussi surprenant pour les victimes que délicieux pour le conducteur. Ce n'est pas une voiture pour ceux qui veulent être vus. C'est une voiture pour ceux qui savent.
Vingt ans après sa commercialisation, la RS4 B7 reste l'unique grande berline atmosphérique à avoir combiné un V8 de cette nature avec un quatre roues motrices permanent et une disponibilité en trois carrosseries. Aucune de ses successeurs directes — RS4 B8, B9 — n'a reproduit la formule atmosphérique. Le BNS V8 à 7 800 tr/min reste l'un des plus beaux moteurs jamais produits par Ingolstadt.